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Les factures sont formelles: l’Élysée a commandé pour 9,4 millions d’euros de sondages et d’études durant le quinquennat de Nicolas Sarkozy, y compris durant la campagne 2012 du candidat de l’UMP.

L’écologiste grenoblois Raymond Avrillier, qui milite pour la transparence en politique, a fait jouer son « droit d’accès aux documents administratifs ». Il a pu obtenir les factures de plus de 300 sondages et études commandés, parfois à fréquence hebdomadaire, entre 2007 et 2012.

Sur ces 300 sondages et études, 66 ont été commandés entre début 2010 et le 30 avril 2012, pour une somme de 3,04 millions d’euros. Les 264 autres sondages l’ont été entre 2007 et 2009, pour un montant de 6,35 millions d’euros.

Selon le militant vert, en conférence de presse jeudi 24 mai, les 66 sondages ont été « pour partie du financement par une personne morale (l’Élysée, ndlr) de la campagne électorale de Nicolas Sarkozy ». Un délit puni par le code pénal puisqu’il oblige les candidats à prendre en charge leurs dépenses liées au scrutin.

« Je ne remets pas en cause le fait que l’Élysée commande des sondages, a déclaré Raymond Avrillier. Mais c’est leur démesure et la thématique des sondages réalisés qui pose problème. »

Car, parmi ces nombreux sondages figurent des questions clairement portées sur la future campagne de Nicolas Sarkozy à sa réélection. On y retrouve une enquête d’opinion sur Dominique Strauss-Kahn, alors que celui-ci était le favori pour être le candidat du PS à l’élection présidentielle en février 2011, sur Marine Le Pen, sur l’électorat écologiste ou sur « les sympathisants socialistes et la question de l’islam ».

Ces sondages devraient donc être directement imputés aux dépenses du candidat Sarkozy et non pas à l’Élysée, selon les réclamations du Grenoblois.

Le rôle trouble de Patrick Buisson

Selon Mediapart, le militant vert pousse son raisonnement plus loin (lien payant). La campagne – officieuse – de Nicolas Sarkozy commencerait le 1er avril 2011. Ses comptes pour la campagne 2012 devraient débuter à cette date.

Autre sujet d’interrogation, le rôle de Patrick Buisson, le puissant conseiller de Nicolas Sarkozy. Sa société, Publifact études, qui œuvrait pour la fourniture de sondages, a bénéficié d’un accord avec l’Élysée pour une rémunération annuelle de 15 millions d’euros (10.000 euros par mois). Un accord dénoncé par la Cour des comptes en 2009 car obtenu sans appel d’offres, obligatoire pour de telles sommes.

Toujours selon des informations de Mediapart, cette société a continué à engranger de la part de l’Élysée 2.390 euros mensuels entre le 16 février et le 30 avril 2012 pour des conseils « opinion » auprès du candidat-président. Soit pendant la campagne officielle de Nicolas Sarkozy. Une gratification en baisse mais qui a continué d’être à la charge du contribuable et non du candidat de l’UMP.

Fin de l’immunité

Le contrat passé par l’Élysée avec la société du conseiller de Nicolas Sarkozy, instigateur de la droitisation de sa campagne, avait fait l’objet d’une investigation pour favoritisme qui avait été bloquée par le statut pénal du président de la République, étendu à ses collaborateurs.

Mediapart révèle que, pour éviter les critiques sur son activité, son contrat et celui de l’autre conseiller « opinion » du président, Pierre Giacometti, l’ancien directeur de l’institut de sondage Ipsos, avaient bénéficié d’un avenant redéfinissant leurs missions.

« L’analyse de la situation politique » disparaît notamment du cahier des charges de Pierre Giacometti, et son contrat est recentré sur les activités internationales de Nicolas Sarkozy.

Du côté de Patrick Buisson, son contrat est transformé en « conseil pour l’élaboration et la réalisation d’études quantitatives et qualitatives d’opinion », avec « analyse des résultats » et « préconisation pour la stratégie de communication du Président de la République ».

Le 16 juin prochain, Nicolas Sarkozy, redevenu « un Français parmi les Français », ne bénéficiera plus de l’immunité que lui conférait son statut de président. Celle de ses collaborateurs tombera de jure.

Toutefois, Raymond Avrillier, dont le droit de consulter tous les achats de sondages de l’Élysée avait été reconnu par le tribunal administratif de Paris, a constaté que la présidence de la République ne lui fournissait plus les documents qu’il demandait. L’Elysée s’est en effet pourvu en cassation le 20 avril.

Source: Le Huffington Post 24 Mai 2012