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Le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé, a beau s’en défendre comme un beau diable, ses relations avec Ziad Takieddine, l’homme d’affaires franco-libanais inculpé dans le scandale lié à des ventes d’armes françaises, dépassent peut-être la simple relation d’amitié désintéressée.

En tout cas, aux yeux de la justice française, la nature du lien qui unit les deux hommes semble appeler une clarification et les juges Van Ruymbeke et Le Loire s’y emploient.

Les informations révélées par l’hebdomadaire le Journal Du Dimanche, risquent bien d’embarrasser Jean-François Copé. Il n’y a pas si longtemps, sur France2, l’ambitieux secrétaire général de l’UMP jurait ses grands dieux que Ziad Takieddine était un ami et rien qu’un ami. La justice française, quant à elle, préfère vérifier que le cadre de cette amitié n’était pas assez large pour y laisser la place à des cadeaux de toutes sortes, y compris en espèces sonnantes et trébuchantes.

Jean-François Copé le proclame, toujours sur France2 : « J’ai toujours assumé mes amitiés, je suis quelqu’un de très droit, très profond, très sincère », affirme-t-il un rien modeste. A propos du risque de conflit d’intérêt qu’il y a à entretenir des relations avec M. Takieddine, intervenant comme intermédiaire dans des contrats de ventes d’armes françaises, Jean-François Copé s’insurge : il n’y a « jamais eu de relations à caractère professionnel avec M. Takieddine de quelque nature que ce soit », répète-t-il à l’envi dans l’émission Des Paroles et des Actes.

Travaux et compte suisse  

Cela dit, la proximité entre l’ancien ministre du Budget et Ziad Takieddine est assez importante pour que les juges Renaud Van Ruymbeke et Roger Le Loire décident d’aller y regarder de plus près. Si on en croit le JDD, les magistrats enquêteraient sur la foi d’un témoignage selon lequel l’homme d’affaires franco-libanais aurait remis des espèces à Jean-François Copé pour réaliser des travaux dans son appartement parisien de 160 mètres carrés situé dans le 16e arrondissement, acheté en 2004 et revendu en 2008. Une affirmation que M. Copé dément totalement.

L’enquête des juges concerne aussi un compte en Suisse ouvert en 2005 par la sœur de M. Copé et qui serait susceptible d’être utilisé comme « compte de passage » par le patron de l’UMP. Autant d’allégations que dément M. Copé avec la dernière énergie : « Tout cela est monstrueux et totalement faux ! C’est n’importe quoi ! Il n’a jamais été question d’argent entre Ziad Takieddine et moi, et je ne suis pas au courant d’un éventuel compte en Suisse de ma sœur. Vous me l’apprenez », a-t-il assuré au JDD.

Renseignement pris auprès de sa soeur, Jean-François Copé confirme bien l’existence du compte en question, ouvert en 2005 pour y mettre de « l’épargne de précaution » (autour de 15 000 euros) et fermé deux ans plus tard, tout en redisant « n’être concerné en rien » par cela.

Aujourd’hui inculpé de complicité et de recel d’abus de biens sociaux dans l’affaire de la vente d’armement au Pakistan en 1994, Ziad Takieddine, au cœur de l’enquête sur le volet financier de Karachi, est dans le collimateur de la justice française qui voudrait savoir si des rétrocommissions n’ont pas servi à financer illégalement la campagne présidentielle d’Edouard Balladur en 1995.

Voyages entre amis

Le nom de Jean-François Copé a été mentionné au détour des investigations des policiers dans cette affaire alors qu’ils entendaient Nicola Johnson, l’ex-Madame Takieddine. C’est elle qui donne alors des détails sur les relations entre les deux hommes situant leur début en 2001-2002, une époque où Jean-François Copé est secrétaire national du RPR, puis porte-parole du gouvernement Raffarin.

Venise, Antibes, Beyrouth, Londres, l’ami Takieddine ne regarde pas à la dépense quand il s’agit de bien traiter son ami Jean-François Copé et sa petite famille, rapporte ainsi aux enquêteurs Nicola Johnson. Au chapitre des cadeaux, les deux amis n’en reconnaissent qu’un seul et unique : une montre Rolex, identique à la sienne, offerte par Ziad Takieddine à Jean-François Copé qui assure d’ailleurs ne plus savoir « où elle se trouve »…