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Dimanche 4 Novembre 2012, Jean-François Copé était l’invité de l’émission « Tous politiques » sur France Inter. Candidat à la tête de l’UMP, l’actuel secrétaire général, qui veut incarner une opposition « tonique » et critique la « droite complexée » du camp Fillon, a chargé tous azimuts le gouvernement. Quitte à tomber dans le mensonge et l’exagération. Décryptages.

1/ Confusions sur les dépenses publiques

Ce qu’il a dit : « dans les faits, le budget le montre, les dépenses publiques vont augmenter de 5,5 milliards. Et il ne faudrait surtout pas matraquer fiscalement les Français comme il le fait, il augmente de 33 milliards les impôts. Pour mettre l’économie de notre pays à genoux, malheureusement, c’est la pire des manières ».

Pourquoi c’est plutôt faux ? Jean-François Copé estime que les dépenses publiques vont augmenter de 5,5 milliards d’euros en 2013. Or c’est erroné. La dépense totale de l’Etat passera, selon les documents de présentation du budget, de 369,8 milliards d’euros à 370,9 milliards, soit une hausse de 1,1 milliard d’euros, inférieure à l’inflation prévue.

Comme vous le notez en commentaire, pour parvenir à trouver 6 milliards de dépenses de plus, il est probable M. Copé intègre en fait la dotation française au mécanisme européen de stabilité (6,5 milliards) et à la banque européenne d’investissement (1,6 milliards), qui ne sont en principe pas comptabilisés comme tel dans le budget. Lorsqu’on parle de stabilisation des dépenses de l’Etat, on évoque en général un périmètre « hors charge de la dette et des pensions », qui n’inclut pas ces dépenses. Ou alors il faudrait aussi les intégrer aussi au budget 2012, où elles n’étaient pas non plus comptées, pour établir une juste comparaison.

Surtout, le patron de l’UMP néglige le fait que le gouvernement Hollande est grosso modo sur la même trajectoire de réduction de déficits que François Fillon. C’est ce que rappelle une note de l’organisme de recherche en économie Natixis : « L’objectif de déficit public pour l’an prochain reste le même que celui inscrit dans le programme de stabilité français et confirmé par la nouvelle majorité en LFR 2012 (3 % du PIB). La trajectoire pluriannuelle de finances publiques est aussi quasi-inchangée par rapport à la LFR 2012, l’objectif de retour à l’équilibre budgétaire étant confirmé pour la fin de la  législature (2017), l’équilibre structurel pour 2016 ». 

En clair, le PS poursuit ici la politique entamée par la majorité précédente. C ‘est d’ailleurs ce que lui reprochent son aile gauche et certains économistes, qui jugent l’austérité trop forte voire contre-productive.

2/ Statistiques tronquées sur la dette française 

Ce qu’il a dit : « Par exemple, les 600 milliards d’augmentation de la dette, je voudrais quand même rappeler que durant la période 2007-2012 tous les pays européens ont connu malheureusement une augmentation de leur dette, et la nôtre en pourcentage du PIB est un peu inférieure à la moyenne de l’Union Européenne ».

Pourquoi c’est quelque peu tronqué ? Défendre le bilan macroéconomique de la France entre 2007 et 2012, tel est, depuis la campagne présidentielle, l’une des gageures de l’UMP. Ici, M. Copé utilise une formulation ambiguë  Voici la courbe de la dette publique, en pourcentage du PIB, selon les données de l’institut Eurostat. On le voit, la dette publique française est supérieure à celle de la moyenne de l’Union européenne, et sa progression sensiblement équivalente.

M. Copé n’a cependant pas totalement tort : si on calcule de combien s’accroît cette dette, la France a un léger avantage : elle passe de 64,2% de son PIB en 2007 à 86 % en 2011, soit une hausse de 25 points. La moyenne de l’Union, elle, passe de 59 % en 2007 à 82,5 % en 2011, soit une hausse de 28 points.

Mais que mesure-t-on ? Un ratio, celui de la dette rapportée au produit intérieur brut. La hausse de ce dernier (la croissance) modifie donc la progression de la dette. Si on mesure cette hausse de dette en valeur et non plus en pourcentages, les réalités diffèrent. En valeur, la dette européenne augmente, en quatre ans, de 30% (Passant de 7319 à 10433 milliards d’euros) quand celle de la France passe de 1211 milliard à 1716… soit 29% de hausse.  La différence est donc très légère.

Surtout, M. Copé utilise la moyenne européenne, qui comprend des pays dont la dette a explosé en cinq ans. Un comparatif avec d’autres économies européennes, comme l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne… Ne donne pas tout à fait le même résultat.

3/ Oubli des suppressions de postes de fonctionnaires

Ce qu’il a dit : [parlant de François Hollande]  « Ça fait dix ans qu’on n’avait pas augmenté le nombre de fonctionnaires, il augmente le nombre de fonctionnaires ».

Pourquoi c’est faux ? M. Copé tient à son argument de non-diminution des dépenses publiques. Quitte à tomber dans la désinformation. D’une part, la diminution du nombre de fonctionnaires depuis dix ans n’est vraie que pour la fonction publique d’Etat, qui a diminué en moyenne de 0,2 % par an. La fonction publique hospitalière et la fonction publique territoriale, elles, ont progressé respectivement de 1,8 % et 3,4 % chaque année, comme le montre le graphique ci-dessous, extrait du rapport officiel 2011 du ministère de la fonction publique.

Ensuite, sur le nombre de fonctionnaires qui augmenterait, M. Copé oublie une partie des informations : s’il est exact que le gouvernement a créé des postes dans l’éducation et la police, il en a aussi supprimé dans le même temps ailleurs. Le solde est en fait négatif, avec 11 011 emplois créés contre 12 298 détruits, soit 1 287 postes de fonctionnaires en moins.

 4/Manip sur les heures sup

Ce qu’il a dit : « La première décision de monsieur Hollande, à peine élu, a été de supprimer immédiatement la fiscalité antidélocalisation, c’est-à-dire de remonter les charges patronales. Et il a rajouté à cela une deuxième mesure, c’est qu’il a taxé les heures supplémentaires alors que nous les avions détaxées de sorte qu’il n’y a plus un français qui peut travailler plus pour gagner plus »‘.

 Pourquoi c’est faux ? Jean-François Copé pousse les feux de ses critiques sur l’économie. Et à vouloir faire trop simple, finir par dire le faux. D’une part, la mesure supprimée par François Hollande, à savoir la TVA sociale qu’avait prévue le gouvernement Sarkozy, devait s’appliquer à la rentrée 2012. Si elle a été supprimée avant son entrée en vigueur, il est difficile de dire que les socialistes ont « remonté les charges » : ils ont annulé une baisse prévue, ce qui est différent.

C’est surtout la seconde partie de l’approximation qui est fausse. En effet, dire qu’il « n’y a plus un Français qui peut travailler plus pour gagner plus » revient à mentir. La majorité PS a effectivement rétabli les taxes sur les heures supplémentaires, tant au niveau salarial que patronal (à l’exception de la part patronale dans les entreprises de moins de 20 salariés). Mais elle n’a pas interdit l’usage d’heures supplémentaires.

Il est donc tout à fait possible d’en faire, et de « travailler plus pour gagner plus », pour reprendre la formule consacrée. C’est ce que faisaient les salariés avant 2007. Ce graphique, extrait d’un rapport parlementaire de 2011, montre le nombre d’heures supplémentaires effectuées par trimestre depuis 2003. On voit l’effet de la réforme de 2007, mais aussi le fait que des heures supplémentaires étaient effectuées auparavant, surtout dans les secteurs travaillant plus de 35 heures :

En 2006, selon la Dares, 38% des salariés du privé à temps complet avaient effectué des heures supplémentaires, soit environ 630 millions d’heures au total.

5/ Amnésies et approximations sur le mariage homosexuel

Ce qu’il a dit : [Sur le mariage homosexuel] Vous vous rendez compte qu’il n’y a eu aucune concertation, le gouvernement travaille en chambre, sans rencontrer personne, aucune association… Aucune autorité civile ou religieuse préalable.

Pourquoi c’est faux ? M. Copé appuie cette thématique « clivante », quitte à désinformer. En réalité, il y a bien eu une série de consultations et de recontres entre les deux ministres chargées de ce projet (Dominique Bertinotti pour la famille et Christiane Taubira pour la justice), il suffit de retrouver les agendas ministériels pour le constater :

Par exemple, les 25 et 26 septembre, les deux ministres ont reçu l’Agence française pour l’adoption, le président de l’association Familles  de France, le président du conseil  national des Associations Françaises Familiales Laïques (CNAFAL), celui de l’Union des Familles Laïques(UFAL), de la Confédération Nationale des Associations Familiales Catholiques (CNAFC)…

Quant aux autorités religieuses, elles ont également été reçues par les deux ministres, même si elles ont dénonçé le refus du débat, comme l’a relaté sur son blog la journaliste du Monde chargée des religions, Stéphanie Le Bars.

Ce qu’il a dit : « Je viens de vous dire à l’instant qu’il s’agissait brutalement d’un trait de plume, de rayer la référence au père et à la mère pour y substituer la formule de parent A et de parent B ». 

 Pourquoi c’est faux ? Cette formule de « parent 1 parent 2 » ou « parent A parent B » qui viendrait remplacer les termes « père et mère » dans la loi est souvent réutilisée par les opposants au mariage homosexuel pour la force de l’image qu’elle véhicule. Elle n’a pourtant aucune réalité concrète.

L’avant-projet de loi sur le mariage des couples de même sexe a été divulgué par le journal La VieEt on cherche en vain l’un de ces deux termes. En réalité, il propose de remplacer les mots de « père et mère » par le mot « parents », avec quelques variantes : « au père ou à la mère » devient « au parent survivant », « paternelle ou maternelle » devient « parentale ». Mais nulle part n’existe cette dimension de « parent A et parent B » ou « 1 ou 2 ». Pour les anti-mariage, il faudrait trouver une formulation de ce type pour le livret de famille. Mais elle reste à trouver, si elle est nécessaire.

Source: decodeurs.blog.lemonde.fr