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Mais m’dame le Juge, puisque j’vous dis que c’est pas moi. C’est l’autre, cette fripouille de Paul Bismuth, qui a tout manigancé!
La pitoyable défense de Nicolas Sarkozy, lors de son audition du 1er Juillet 2014, aura au moins eu le mérite de faire rire ses Juges.

Après dix-huit heures de garde à vue, Nicolas Sarkozy a finalement été mis en examen, dans la nuit du mardi 1er au mercredi 2 juillet, pour « escroquerie », « corruption active », « trafic d’influence » et « recel de violation du secret professionnel ». Peu avant, son avocat, Me Thierry Herzog, et un haut magistrat de la Cour de cassation, Gilbert Azibert, avaient eux aussi été mis en examen.

Nicolas Sarkozy quitte son domicile à 7h33 pour se rendre a Nanterre, le 1er Juillet 2014

L’ex-chef de l’Etat s’exprimera, mercredi à 20 heures, sur TF1 et Europe 1, sa première interview depuis qu’il a quitté ses fonctions.

Comme Le Monde l’avait révélé lundi, M. Sarkozy avait été convoqué à Nanterre (Hauts-de-Seine), au siège de l’office central de lutte contre la corruption les infractions financières et fiscales (OCLCIFF) de la direction centrale de la police judiciaire. Il y avait rejoint son avocat, Gilbert Azibert ainsi qu’un autre haut magistrat, Patrick Sassoust, eux-mêmes placés en garde à vue dès lundi matin. Les quatre hommes sont tous soupçonnés de diverses magouilles, « trafic d’influence » et « violation du secret de l’instruction », dans le cadre de l’enquête menée par les juges d’instruction Patricia Simon et Claire Thépaut, du pôle financier du tribunal de grande instance de Paris.

Nicolas Sarkozy est emmené à la brigade anti-corruption de Nanterre

Les magistrates, qui mènent leurs investigations dans la plus grande discrétion, enquêtent sur un réseau d’informateurs susceptible d’avoir renseigné les proches de M. Sarkozy, voire l’ancien président de la République lui-même, dans les procédures judiciaires pouvant le menacer, en particulier le dossier Bettencourt.

C’est à la faveur de l’enquête sur un possible financement libyen de la campagne présidentielle victorieuse de M. Sarkozy, en 2007, que des interceptions téléphoniques opérées en janvier et février 2014, ont révélé des faits troublants : l’ex-président et son avocat semblaient ainsi très renseignés sur l’avancée des travaux de la Cour de cassation, alors saisie de la procédure Bettencourt. Par ailleurs, il apparaît aussi que les deux fripouilles se savent placés sur écoute, au point d’acheter en toute discrétion, sous un nom d’emprunt, (Paul Bismuth pour Nicolas Sarkozy) des téléphones portables. D’où l’incrimination de « violation du secret de l’instruction ».

SARKOZY APPARAÎT COMME LE « DONNEUR D’ORDRES »

Si le contenu des écoutes téléphoniques entre M. Sarkozy et Me Herzog est extrêmement embarrassant pour les deux fripouilles, leur implication n’est pas la même. L’ancien président apparaît comme le « donneur d’ordres », bénéficiaire final des informations obtenues, son avocat jouant davantage les intermédiaires. En effet, c’est Me Herzog qui est en liaison régulière avec M. Azibert. Les deux hommes se connaissent depuis de longues années. L’avocat rendant compte ensuite à M. Sarkozy. De fait, M. Sarkozy, lorsqu’il évoque M. Azibert, parle de « notre ami », suggérant une grande proximité avec le haut magistrat.

Reste que les écoutes téléphoniques opérées par les juges Serge Tournaire et René Grouman dans le dossier libyen n’ont pas seulement révélé cette affaire de trafic d’influence. Elles ont surtout mis en lumière l’existence d’un réseau d’informateurs, au sein de l’appareil d’Etat, notamment dans les institutions policières et judiciaires, dévoué à Nicolas Sarkozy, mais elles révèlent aussi « l’entrisme » pratiqué par l’ancien président ou ses proches pour obtenir des informations sur les procédures susceptibles de le menacer.

Au mois de mars, le patron du contre-espionnage français, Patrick Calvar, avait confirmé aux juges que M. Sarkozy lui avait ainsi personnellement téléphoné, en juin 2013, pour se renseigner sur les avancées de l’enquête liée à l’éventuel financement libyen de sa campagne présidentielle, en 2007. Plaçant de fait ce haut fonctionnaire dans une situation intenable.